lundi

 
3ème festival de films d'opéra

      Opéra-film-art

 

du 5 au 25 juin 2017

toutes les séances ont lieu au cinéma Le Balzac - 1, rue Balzac - 75008 Paris
tél : 01 45 61 10 60 - métro : Charles de Gaulle Étoile 

avant-programme (des modifications sont possibles selon la disponibilité des films).

* LES NOCES DE FIGARO
* DON GIOVANNI
* LE BARBIER DE SÉVILLE

* BILLY BUDD
* LE MIKADO
* LA DAME DE PIQUE

* L'ÉTOILE
* PARSIFAL
* DU JOUR AU LENDEMAIN

 clôture du festival, ciné-concert, samedi 25 juin 2017 à 20 h
* LA VEUVE JOYEUSE accompagnée au piano 
par PIERRE-ALAIN VOLONDAT


***** LES FILM S****

LES NOCES DE FIGARO, de Mozart, réalisé par Herbert GRAF (1956, noir et blanc, 160 min.)
avec Heinz Rehfuss (le Comte Almaviva), Marcella Pobbe (La Comtesse Rosina), Nicola Rossi Lemeni (Figaro), Rosanna Carteri (Susanna), Dora Gatta (Cherubino
Orchestre et choeurs de la RAI de Milan, dirigés par Nino SanzognO
Les Noces de Figaro avait été, en 1922, le premier opéra mis en scène par Herbert Graf. Héros en son enfance d’une célèbre étude de Freud sur la phobie, Graf était un musicien éduqué qui fut formé très jeune à tous les métiers du théâtre. Il magnifie par une infinité de détails une oeuvre qu’il connaît à la perfection. Les plus petits gestes et déplacements témoignent de la recherche d’une justesse d’ordre théâtral et musical, et composent peu à peu le caractère inimitable de personnages, qui réclament, quelle que soit leur génération, le droit à la séduction. Le montage, limité au minimum, ne brise jamais l’unité d’une action qui est ainsi aussi excitante que la souhaitait Beaumarchais. Avec une démarche résolument artisanale, Graf crée des cadres filmiques rigoureux pour montrer précisément ce qu’il veut voir. Les rapports entre les personnages parfaitement différenciés par la conjugaison du théâtre et du cinéma, semblent naître de la musique pour  donner au spectateur une pure joie mozartienne.


DON GIOVANNI de Mozart, réalisé par Paul Czinner d’après la mise en scène de Herbert Graf (1954, couleurs, 180 min.)
avec Cesare Siepi (Don Giovanni ), Otto Edelmann (Leporello ), Elisabeth Grümmer(Donna Anna ), Anton Dermota (Don Ottavio), Lisa della Casa (Donna Elvira), Erna Berger ( Zerlina ), Walter Berry ( Masetto), Dezső Ernster (le commandeur)
Si Herbert Graf put réaliser lui-même en 1956 le remarquable film des Noces de Figaro (également présenté au cours du festival), c’est à Paul Czinner que fut confiée la réalisation de ce film, d’après la mise en scène de Graf. Czinner, réputé pour ses films adaptant des œuvres littéraires, avait l’intention déclarée de recueillir pour la postérité des réalisations scéniques remarquables, en élaborant des films réfléchis, hors de l’agitation des représentations (son Chevalier à la rose, en collaboration avec Karajan, est bien connu). Le film commence avec les deux célèbres cadres de Furtwängler dirigeant l’ouverture de l’opéra, vu en alternance avec les yeux du public et ceux des musiciens, et Czinner se tient tout au long du film, à cette modestie apparente – soucieuse de l’ensemble et allergique aux gros plans - devant l’œuvre de Mozart et la mise en scène de Graf. Ici, on reste au théâtre, en compagnie des fameux chanteurs mozartiens des années 50, et la comparaison avec le film des Noces de Figaro réalisé par Graf en devient captivante.  


LE BARBIER DE SEVILLE de Rossini, réalisé par Mario Costa (1946, noir et blanc, 90 min.)
avec Tito Gobbi (Figaro), Ferruccio Tagliavini (le comte Almaviva), Nelly Corradi (Rosina), Vito De Taranto  (don Bartolo), Italo Tajo (don Basilio)
Après-guerre, le public italien ne voulut presque voir que des films musicaux : des comédie avec des  chansons, mais surtout des opéras et l’on tourna également en 1946 L’Elixir d’amour, Lucia di Lammermoor et Rigoletto. Le Figaro de Gobbi est d’un charme extraordinaire - aux antipodes de son inquiétant Rigoletto du film de Gallone - et il forme un couple idéalement séduisant avec la jolie Rosine. Costa sait que ce sont les méchants qui donnent  sa saveur à une bonne histoire  et s’amuse autant qu’Italo Tajo pendant l’air de la calomnie. Cette version de l’opéra de Rossini - un peu raccourci pour les exigences des salles de cinéma d’après-guerre – fut ainsi l’un des grands succès publics de 1946 en Italie.


BILLY BUDD de Britten, réalisé par Basil Coleman (1966, noir et blanc, 160 min.)
avec Peter Pears (capitaine Vere), Peter Glossop ;(Billy Budd), Michael Langdon (John Claggart), John Shirley-Quirk (Mr Bedburn), Bryan Drake (Mr Flint) , David Kelly (Mr Ratcliffe), Kenneth MacDonald (Red Whiskers), Chœurs Ambrosian, London Symphony Orchestra dirigé par  Charles Mackerras
Grand ami de Britten, Basil Coleman avait mis en scène au Covent Garden de Londres la création mondiale de Billy Budd en 1951. Sa fidélité fanatique à l’œuvre est énoncée dès le plan-séquence initial de cinq minutes : le regard de Peter Pears, interprète idéal, semble fasciner la caméra à qui il va raconter la terrible histoire d’amitié et de violence ambigües imaginée par Melville dans sa célèbre nouvelle. Peu admirateur de captations de représentations, Coleman tourna six films d’opéra pendant les quelques années durant lesquelles la BBC les produisait elle-même et laissait pleine liberté à l’imagination des réalisateurs. En 1951, Britten avait dirigé l’orchestre lors de la création, mais ne voulut pas reprendre cette tâche. Comme il mettait au-dessus de tout l’art du phrasé et de la respiration, il accepta comme chef malgré leur sévère brouille, Mackerras qui avait été une de ses interprètes favoris et demeure caution de l’authenticité de l’interprétation.


LE MIKADO, de Gilbert et Sullivan, réalisé par Martyn Green (1960, noir et blanc, 60 min.)
avec Groucho Marx, Helen Traubel, Stanley Holloway, Dennis King, Robert Rounseville, Melinda Marx
Le plus fameux opéra-comique de Gilbert et Sullivan, dont les mélodies spirituelles et les paroles facétieuses sont connues par cœur par tous les anglo-saxons, est ici réduit à une heure pour les exigences d’une émission télévisée. Ce film est une œuvre délicieusement composite : réalisée par Martyn Green, qui avait tenu le rôle de Koko dans l’adaptation cinématographique de 1939, elle mêle Groucho Marx - fanatique déclaré des œuvres de Gilbert et Sullivan – et sa fille de treize ans, avec les stars de l’opéra ou de l’opérette, parmi lesquels l’ancienne diva wagnérienne Helen Traubel, reconvertie à la comédie musicale. Green, garant de l’authenticité de cette entreprise aventureuse, présente lui-même, le monocle à l’œil, cette heure de fantaisie pendant laquelle tout est permis et qui réjouit autant les adultes que les enfants.


LA DAME DE PIQUE, de Tchaikovsky, réalisé par Roman Tikhomirov (1960, 100 min.)
Avec Oleg Strizhenov (Herman, chanté par Zurab Andjaparidze), Olga Krasina (Lisa, chanté par Tamara Milashkina), Elena Polevitskaya (La Comtesse, chanté par Sofia Preobrazhenskaya), Valentin Kulik (Yeletski, chanté par Eugene Kibkalo), Vadim Medvedev (Tomski, chanté par Victor Nechipailo)
Tandis que Vera Stroieva porte le public de son Boris Godounov au sein même d’une scène idéale du Bolchoï, Tikhomirov joue le pur jeu de l’adaptation cinématographique d’un classique. Chaque couleur de costume, chaque fumée de cigarette, contribue à recréer l’atmosphère passionnée et étrange de la nouvelle de Pouchkine. Les costumes d’officier et les somptueuses salles de bals n’offrent aux jeunes gens qu’une illusion insuffisante de bonheur. Strizhenov, alors fameux jeune premier romantique du cinéma soviétique, a le regard fiévreux et fatal qui porte à la faute les jeunes filles trop bien vêtues et bien élevées. Son front se déforme au gré des rêves d’amour, qui portent son ombre auprès des lieux de l’argent et du crime.

L’ÉTOILE, de Chabrier, réalisé par Roger Kahane (1969, 92 min.) 
Jean-Christophe Benoit (Ouf 1er), Xavier Depraz (Siroco), Eliane Lubin (Laoula), André Dran (Lazuli), Jacques Loreau (Hérisson), Robert Andreozzi (Tapioca), Sybil bartrop (Aloés), Jean-Louis Legoff (le chef de la police), Georges Lemoyne (le maire) orchestre Lyrique de l’ORTF, dirigé par Jean-Claude Hartemann, chorégraphie de Nicole Deshayes, costumes de Claude Catulle Cette vision cinématographique du chef d’œuvre de Chabrier montre la virtuosité avec laquelle la télévision peut traiter l’opéra pour le faire aimer aux mélomanes avertis comme aux candides, aux adultes comme aux enfants. Chaque moment apporte une idée neuve et spirituelle, porté avec enjouement par de grands chanteurs d’opéra-comique des années soixante. Jean-Christophe Benoit semble être le roi Ouf 1er en personne. La mise en scène trouve l’équilibre, rare dans le domaine de l’opéra comique, de ne jamais devenir la parodie d’une parodie. Une magie nait de l’art avec lequel la caméra de Kahane sait ce qu’il faut montrer ou cacher, et le jeu visuel qui s’installe entre la  mise en scène, la chorégraphie et les costumes est un des meilleurs exemples de ce que l’on a ensuite appelé « l’école des Buttes-Chaumont ».


PARSIFAL, de Wagner, réalisé par Hans-Jürgen Syberberg (1982, 270 min.)
avec Armin Jordan (Amfortas, chanté par Wolfgang Schöne), Martin Sperr (Titurel, chanté par Hans Tschammer), Robert Lloyd (Gurnemanz), Michael Kutter et Karen Krick (Parsifal, chanté par Reiner Goldberg), Aage Haugland (Klingsor), Edith Clever (Kundry, chanté par Yvonne Minton), Orchestre Philharmonique de Monte Carlo dirigé par Armin Jordan
Voulant réaliser un Parsifal tel qu’on ne pourrait le voir sur aucune scène, Syberberg convoque maints artifices du cinéma. Dans des couleurs qui évoquent l’ancien art allemand, ses bas-reliefs et ses enluminures, les personnages, aux avatars parfois surprenants, accomplissent des actions qui ont la force de rituels au milieu de multiples symboles. Edith Clever emplit, avec une présence qui la sort du théâtre, des plans-séquences de plusieurs minutes. Parsifal se métamorphose pour devenir l’homme nouveau  et androgyne que Siegfried n’était pas parvenu à devenir. Dans ce film inhabituel, Syberberg pousse à son comble sa conception de l’art comme acte sacrificiel qui permet d’expier la faute dont l’homme est chargé par le seul fait de vivre.


DU JOUR AU LENDEMAIN, de Schönberg, réalisé par Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (1997, 65 min.)
Christine Whittlesey, Richard Salter, Claudia Barainsky, Richard Karcykowski, Annabelle Hahn
Orchestre symphonique de la radio de Francfort, dirigé par Michael Gielen. noir et blanc, durée 1h02, en allemand sous-titré en français
Un couple rentre à la maison après une soirée entre amis. L’homme se rappelle une élégante amie d’enfance de sa femme avec qui il a bavardé. Il fait remarquer avec brusquerie à son épouse la différence entre cette femme et elle. Mais elle ne va pas se laisser faire… Mélange miraculeusement réussi de musique, d’humour, de réflexion sur l’infidélité conjugale et le comportement de la bourgeoisie, Du Jour au lendemain est souvent cité parmi les chefs-d’oeuvre du film d’opéra. Le film fut réalisé dans un studio ouvert pour placer l’orchestre et les caméras en regard des chanteurs. Toutes les prises de chacun des plans du film furent faites en son direct, pour l’orchestre comme pour les chanteurs (l’orchestre avait été préenregistré lors du tournage du précédent film d’opéra des Straub, Moïse et Aron, en 1975). Les positions de caméra furent définies avec précision pour qu’ensuite les meubles et accessoires soient placés exactement - puis jamais déplacés pendant les trois semaines de tournage - et créent un cadre dans lequel chaque geste ou position corporelle exprime naturellement la grâce ou l’esprit. Grâce au cinéma, Schönberg était enfin devenu un classique.


BORIS GODOUNOV, de Moussorgski,  réalisé par Vera Stroeva (1954, 110 min.)
Avec  son Boris Godounov, Stroeva transforme le monde en un opéra aussi vaste que l’imagination. Nous croyons être assis au côtés du bouleversant innocent de Kozlovsky, au milieu d’une forêt de bras levés qui réclament du pain. Et lorsqu’il dit doucement qu’il ne peut prier pour le roi Hérode, le monde entier est saisi par son chuchotement et le tsar Boris effrayé ne peut que se cacher son visage et se détourner lentement. L’année même de la mort de Staline, Stroeva nous plonge en apparence dans la Russie de l’an 1600, pour nous montrer un peuple généreux, porté par la foi, prêt à remettre en question l’autorité des puissants. La caméra saisit les regards dubitatifs du peuple lors de la profession de foi de Boris, et encourage les femmes à malmener les hommes. Le tsar criminel fuit la folie en s’enfermant dans les vastes architectures de ses palais et ses costumes magnifiques, pendant que l’innocent pleure la Russie affamée au milieu de l’incendie allumé par les luttes pour le pouvoir.

 
LA VEUVE JOYEUSE, d’après l'opérette de Franz Lehar, réalisé par Erich von Stroheim  (1925, 120 min.)
accompagné au piano par PIERRE-ALAIN VOLONDAT
avec Mae Murray (Sally O'Hara), John Gilbert (le Prince Danilo), Roy D'Arcy (le Prince Mirko), Josephine Crowell (la Reine Milena), George Fawcett (le Roi Nikita I), Tully Marshall (Baron Sixtus Sadoja, banquier), Edward Connelly (Baron Popoff, ambassadeur)
 « La Veuve Joyeuse », eut en 1925 un extrême succès public, fut déclaré meilleur film de l’année et Stroheim meilleur réalisateur. Cette libre adaptation de l’opérette de Lehar témoignait pourtant de la lutte d’un réalisateur d’avant-garde contre Hollywood et  son époque ; contre la censure, les caprices des stars Mae Murray et John Gilbert ou contre l’autoritarisme des producteurs Thalberg et Mayer. A la grande manière de l’opérette viennoise ou parisienne (La Veuve Joyeuse - comme La Chauve-souris - adapte une pièce française), Stroheim insère dans son film une quantité de détails qui ne peuvent qu’être lus comme des moqueries de tout ordre établi. Le banquier sur qui repose tout le royaume repose lui même sur des maigres béquilles, les décors, costumes et accessoires  sont magnifiques, mais parfois grotesques, la figuration est nombreuse, mais composée en bonne partie d’anciens soldats d’origines les plus diverses.
Lors du festival Opéra-Film-Art 2016, Pierre-Alain Volondat, un des plus grands pianistes français, avait déjà donné des couleurs orchestrales à son accompagnement de Carmen de Lubitsch. Développant, mêlant et faisant se répondre et s’enchaîner les thèmes, il avait donné au film muet la profondeur d’un chant.