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Opéra-film-art 1er festival de films d'opéra

1er festival de films d'opéra

      Opéra-film-art

du 4 au 18 juin 2015 
  ( la 2ème édition du festival aura lieu en juin 2016 )


toutes les séances ont lieu au cinéma Le Balzac - 1, rue Balzac - 75008 Paris
tél : 01 45 61 10 60 - métro : Charles de Gaulle Étoile
  accès ici au site du cinema Le Balzac
télécharger ici la brochure du festival 


le 4 juin à 20h30   La Fiancée vendue de Smetana, film de Max Ophuls (1932)

le 6 juin à 14 h   La Flûte enchantée de Mozart, film d’Ingmar Bergman (1974) 

le 7 juin à 11h30 Du Jour au lendemain de Schönberg de Straub et Huillet (1997) 

le 8 juin à 20h   Le Barbier de Séville de Rossini, film de Jean-Pierre Ponnelle (1972) 

le 9 juin à 20h   Boris Godounov de Moussorgski, film de Vera Stroyeva (1954)

le 11 juin à  20h   Carmen de Bizet, film de Francesco Rosi (1984)

le 13 juin à 14 h   La Traviata de Verdi, film de Franco Zeffirelli (1982)

le 18 juin à 20h   Barbe-Bleue d’Offenbach, film de W. Felsenstein et G. Mielke (1973)


I  - La Fiancée vendue de Smetana, film de Max Ophuls (1932)
avec Willi Domgraf-Fassbaender, Jarmila Novotna, Karl Valentin et Liesl Karlstadt…
Direction musicale Theo Mackeben.
noir et blanc, durée 1 heure 20 minutes, en allemand sous-titré en français
Cette séance nous offre une des dernières chances - ou la toute dernière - de voir une copie 35mm du chef d’oeuvre de Max Ophuls. Réalisé un an avant Liebelei qui rendit Ophüls célèbre, ce classique du noir et blanc fut aussi le tout premier film d’opéra (L’Opéra de quat’sous de Pabst de 1931 étant un genre à part). Ophüls a considérablement raccourci l’opéra et a ajouté des scènes parlées (plus ou moins improvisées par le grand artiste bavarois Karl Valentin, dont Brecht comparait le génie à celui de Chaplin) afin de faire du film une métaphore du miroir que se tendent l’art et la vie réelle. Cela préfigure bien sûr son ultime chef d’œuvre de 1955, Lola Montez, mais le grand art si particulier de Max Ophüls est déjà présent en 1932 : son goût du mouvement et de la surcharge, le cirque comme métaphore, les visages charmeurs que l’on regarde avec d’autant plus d’attention qu’un élément de décor peut les masquer… La pragoise Jarmila Novotna (qui fut la Pamina de Toscanini) forme avec Will Domgraf-Fassbänder un couple qui chante aussi bien qu’il joue et le succès de ce film permit à ces deux grands artistes d’être ensuite souvent engagés au cinéma. Les rôles parlés sont merveilleusement tenus : on remarque, dans le rôle de Kezal, Otto Wernicke qui joua le commissaire Lohmann dans M et dans Le Testament du Dr Mabuse de Lang, et l’on voit passer Max Schreck (le Nosferatu de Murnau) et Therese Giehse, la légendaire Mère courage de Brecht ! La présence de Brecht se fait encore sentir dans la direction musicale du film : le chef et arrangeur Theo Mackeben avait effectivement dirigé quatre ans plus tôt la création de l’Opéra de Quatre sous au Berliner Ensemble.

II - La Flûte enchantée de Mozart, film d’Ingmar Bergman (1974)
avec Josef Köstlinger, Håkan Hagegård, Birgit Nordin, Irma Urrila, Ulrik Cold
chœurs et orchestre de la Radio Suédoise dirigés par Eric Ericson
durée 2h15 min, en suédois sous-titré en français
Bergman n’était pas un débutant en matière d’opéra lorsqu’il réalisa cette Flûte enchantée. Il avait été assistant metteur en scène à l’opéra de Stockholm pendant les années de guerre et avait ensuite mis en scène trois opéras. La Flûte enchantée, surtout, était un spectacle dont il rêvait depuis l’enfance, alors qu’il montait avec sa sœur des pièces pour marionnettes. Cette enfance laissa sa marque sur ce film qui fut diffusé à la télévision suédoise le jour de l’an 1975. Les passages les plus sombres du texte de Schickaneder et ses allusions maçonniques sont négligés au profit de la mise en valeur des forces de lumière. Bergman recherche l’intimité, la chaleur, la proximité. Persuadé que les voix cultivées et « parfaites » des grands chanteurs empêchent de croire que c’est un être humain qui chante, il fit passer des auditions pour trouver des voix « naturelles » et sensuelles. Pour Bergman, la Flûte enchantée doit être un conte, proche des tours de magie, qui fait croire au miracle de la scène.

III - Du Jour au lendemain de Schönberg,  film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (1997)

avec Christine Whittlesey, Richard Salter, Claudia Barainsky, Richard Karcykowski, Annabelle Hahn
Orchestre symphonique de la radio de Francfort, dirigé par Michael Gielen. noir et blanc, durée 1h02, en allemand sous-titré en français
Un couple rentre à la maison après une soirée entre amis. L’homme se rappelle une élégante amie d’enfance de sa femme avec qui il a bavardé. Il fait remarquer avec brusquerie à son épouse la différence entre les deux femmes. Mais celle-ci ne va pas se laisser faire…
Mélange miraculeusement réussi de musique, d’humour, de réflexion sur l’infidélité conjugale et le comportement de la bourgeoisie, Du Jour au lendemain est souvent cité parmi les chefs-d’oeuvre du film d’opéra. Il fut présenté à sa sortie comme le premier opéra tourné entièrement en son direct. Jean-Marie Straub et Danièle Huillet ont effectivement réalisé un des plus grands tours de force possibles au cinéma. Le film fut réalisé en studio ouvert pour placer l’orchestre et les caméras en regard des chanteurs. Toutes les prises de chacun des plans du film furent faites en son direct, pour l’orchestre comme pour les chanteurs (l’orchestre avait été préenregistré lors du tournage du précédent film d’opéra des Straub, Moïse et Aron, en 1975). Les positions de caméra furent définies avec précision pour qu’ensuite les meubles et accessoires soient placés au centimètre près (et jamais être déplacés pendant les trois semaines de tournage) et créent un cadre dans lequel chaque geste ou position corporelle est expressif et juste. Grâce au cinéma, Schönberg était enfin devenu un classique.

IV - Le Barbier de Séville de Rossini, film de Jean-Pierre Ponnelle (1972)
avec Hermann Prey, Teresa Berganza, Luigi Alva, Paolo Montarsolo, Enzo Dara
orchestre et chœurs de la Scala de Milan, dirigés par Claudio Abbado
durée 2h20min, en italien sous-titré en français
Les quinze films-opéra que Jean-Pierre Ponnelle réalisa sont devenus des classiques parce qu’il était présent dans toutes les dimensions du théâtre musical. Il avait étudié la peinture, la philosophie, et lisait parfaitement une partition. Il avait réalisé les décors et les costumes de spectacles pendant des années avant de mettre en scène lui-même. Le succès de la mise en scène de Ponnelle du Barbier de Séville au festival de Salzburg de 1968 avait fait faire un bond décisif à sa carrière et c’est cet opéra qu’il choisit pour son premier film, réalisé en studio en 1972 à partir d’une bande son enregistrée préalablement à Milan. La vivacité caractéristique de Ponnelle est omniprésente. Il veut emporter le spectateur par la rapidité du montage (surprenante dans la scène du tumulte), les personnages toujours mobiles et les détails des mouvements de caméras. Avec le soutien des chanteurs vedettes de l’époque, Ponnelle cherche une adéquation du geste théâtral au mouvement musical dans un style réaliste et direct, énergique et charmeur, anti-brechtien.

 V - Boris Godounov de Moussorgski, film de Vera Stroyeva (1954)
avec Alexander Pirogov, Nikandr Khanayev, Georgi Nelepp, Maxim Mikhailov, Ivan Kozlovsky, Aleksej Krivchenya, Larissa Avdeyeva,
orchestre et choeurs du Bolchoï dirigés par Vassily Nebolsine
durée 1h50minutes, en russe sous-titré en français
Alors que son mari, Grigori Rochal, avait tourné en 1949 une biographie de Moussorgski, Vera Stroeva a essayé de retrouver au cinéma l’esprit de l’interprétation du Bolchoï de ce chef d’œuvre de l’opéra, probablement en s’inspirant de la mise en scène du grand théâtre moscovite réalisée en 1948. Les scènes montrant le peuple souffrant comptent parmi les plus belles de ce film tourné l’année de la mort de Staline. La rencontre entre le tsar et l’innocent est dans ce même esprit, très fidèle à celui de Moussorgski, qui fait une belle part au peuple. On sait que le Boris de Moussorgski est bien moins affamé de pouvoir que celui de la nouvelle de Pouchkine, mais les regards dubitatifs saisis par la caméra entre des hommes du peuple lors de la profession de foi du nouveau tsar retrouvent un peu l’esprit critique originel. Malgré la splendeur de l’apparat et des relents de culte de la personnalité, le film conserve une ambivalence en prenant parti pour le peuple tout en montrant la grandeur et la force de la nation russe. L’acte polonais est  réduit au duo entre Marian et le faux Dimitri ce qui resserre encore l’opposition entre le peuple et le tsar.

VI Carmen de Bizet, film de Francesco Rosi (1984)
avec Julia Migenes-Johnson, Plácido Domingo, Ruggero Raimondi, Faith Esham
Orchestre National de France et Chœurs dirigés par Lorin Maazel
durée 2h30min, en français
Francesco Rosi intègre dans sa Carmen tous les éléments de son style, de son intérêt pour les problèmes sociaux, mais c’est la première fois de sa carrière qu’il met une femme au centre de l’action. Julia Migenes en Carmen va vers la mort comme Gian Maria Volonte dans Lucky Luciano ou dans Chronique d’une mort annoncée. La manière directe et totalement cinématographique de Rosi a touché en 1984 un public bien plus vaste que celui des amateurs d’opéra. Il fait sentir le Sud, sa chaleur et sa sensualité, l’enfermement des jeunes et vives cigarières ou des soldats dans un système répressif et le désir de liberté de Carmen. Par une multitude de détails, Rosi montre que ce monde pourrait être idyllique, une paysanne ramasse des roses, des chiens jouent en arrière-plan. C’est chez les hors-la-loi, dans le campement desquels on danse autour d’un feu de bois et dont les cris couvrent la musique, que se trouve, pour un moment, l’évasion devant les contraintes sociales.

VII - La Traviata de Verdi, film de Franco Zeffirelli (1982)
avec Teresa Stratas, Placido Domingo et Cornell Macneil
Chœur et orchestre du Metropolitan Opera de New York dirigés par James Levine
durée 1h50min, en italien sous-titré en français
Après avoir réalisé deux opéras pour la télévision, Zeffirelli trouva en 1982 les moyens de réaliser un film-opéra de prestige pour le cinéma. Il expliqua le choix de la Traviata en disant qu’il pouvait ici unir la crédibilité des chanteurs-acteurs, la popularité de l’histoire et la somptuosité de la réalisation pour faire un spectacle cinématographique grandiose. Zeffirelli a cherché à retrouver la magnificence des musicals américains. Il avait déjà mis en scène Traviata une demi-douzaine de fois à l’opéra. Mais secondé par le physique très convaincant cinématographiquement de Teresa Stratas, il chercha à faire un film à part entière qui n’évoque pas le théâtre et exalte la modernité de la narrativité théâtrale de Verdi

 VIII - Barbe-Bleue d’Offenbach, film de Walter Felsenstein et Georg Mielke (1973)
avec Werner Enders, Hanns Nocker, Anny Schlemm,
orchestre de l’Opéra-Comique de berlin, dirigé par Karl-Fritz Voigtmann
durée 2h20min, en allemand sous-titré en français
On donna pendant trente ans le Barbe-Bleue d’Offenbach dans la mise en scène de Felsenstein. Lorsqu’en 1992, seize ans après la mort de Felsenstein, la direction de le Komische Oper décida de le retirer du programme, ce fut un choc pour le public berlinois, tant ce spectacle avait saisi de manière universelle la bouffonnerie du pouvoir. En regardant le roi Bobèche et ses courtisans, les uns voyaient Le Dictateur de Chaplin, d’autres l’appareil d’état de la RDA, et le nouveau public de l’Ouest voyait les gouvernement occidentaux.  La perfection de ce film, réalisé alors que le spectacle avait été rodé par plus de cent-soixante représentations publiques, ne doit rien au hasard. Felsenstein répétait jusqu’à obtenir le résultat qu’il souhaitait et l’on dit qu’il y eut 387 répétitions pour Falstaff de Verdi. Felsenstein voulait qu’au cinéma, on put voir les expressions de visage et les détails de mouvement, travaillés à l’infini par Felsenstein et ses interprètes et peu perceptibles du fond d’une salle de théâtre. Dans son premier film d’opéra, d’après Fidelio de Beethoven, il donna même à voir les mouvements de la pensée.  Felsenstein avait réalisé seul Fidelio. Pour ses quatre films suivants, il prit pour adjoint Georg Mielke, avec qui il prépara longuement, dans son bureau de l’Opéra-Comique, les découpages, les cadrages et les mouvements de caméra. Barbe-Bleue fut tourné dans les fameux studios de la DEFA à Babelsberg, où furent tournés toutes les grandes productions de la RDA mais aussi des films français et internationaux.
 




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